| Il- LA PRIVATION DE SOMMEIL
1-Privation totale de sommeil Les troubles observés pendant une privation totale de sommeil peuvent être impressionnants fatigue, instabilité, sentiments de persécution, hallucinations, désorientations dans l’espace et le temps. Les troubles sont particulièrement importants pour des privations de sommeil de plus de 100 heures et leur intensité croît après ce seuil. Des privations supérieures à 8 jours sont particulièrement mal tolérées. Lors de privation de sommeil, la diminution des performances est particulièrement nette pour les tâches répétitives et monotones. Les tâches nécessitant des efforts de brève durée et les tâches gratifiantes sont moins perturbées. En cas de privation totale de sommeil, les sujets resteront cependant plus performants en fin de matinée et de soirée et très peu efficaces vers 3 heures du matin. Après une privation totale de sommeil, la récupération de l’humeur et des capacités intellectuelles est rapide et sans séquelles. Il suffit en général d’une seule période de sommeil dont la durée est à peine supérieure à celle d’une nuit habituelle. 2-Privation chronique de sommeil Il s’agit de sujets qui ont pendant de longues périodes des durées de sommeil réduites. Selon les individus, une diminution de la durée du sommeil est plus ou moins bien supportée. Il semble en moyenne qu’une réduction de la durée de sommeil à 5h 1/2 par 24 de la motivation des sujets et de leur âge, les sujets jeunes et motivés étant plus susceptibles de s’adapter. 3-Décalage lié aux déplacements aériens transméridiens On rassemble sous l’étiquette “jet-lag” (littéralement: fatigue de l’avion à réaction ou fatigue du décalage horaire des voyageurs transcontinentaux) l’ensemble des symptômes qui peuvent apparaître dans les suites d’un vol intercontinental qui entraîne, pour un vol vers l’ouest, un retard de phase (allongement de la journée) et pour un vol de l’est, une avance de phase. Les principaux symptômes du jet-lag sont bien connus: difficultés de sommeil, asthénie diurne, troubles de l’humeur, baisse des performances intellectuelles et physiques... Ils sont ressentis de façon variable selon les individus et les circonstances, pendant une durée limitée (au maximum, un jour par fuseau horaire traversé), mais peuvent poser de réels problèmes opérationnels (conférence ou négociation importante, épreuve sportive, mission militaire...) Il n’existe pas encore de traitement bien codifié du jet-lag. Parmi les mesures (de bon sens) que les travaux actuels permettent de recommander, soulignons celles qui consistent à s’adapter le plus tôt possible (heures des repas, périodes de sommeil) aux horaires du lieu de destination, en commençant si possible dès le voyage en avion. Il convient également, une fois arrivé à destination, de s’exposer le plus tôt possible et le plus intensément possible aux stimulations de l’environnement : exposition solaire, contacts sociaux, respect des heures de repas et d’activité du lieu de destination. Il serait plutôt néfaste d’effectuer pendant les premiers jours une sieste “pour récupérer” car une telle sieste retarderait l’adaptation. On peut également préconiser, lorsqu’une planification à long terme est possible, de commencer à s adapter au décalage prévu avant même le départ, par exemple en décalant ses activités une heure par jour pendant autant de jours qu’il y aura de fuseaux horaires à traverser. Il est parfois prudent d’organiser l’arrivée plusieurs jours avant les rendez-vous importants. L’adaptation est plus facile chez le sujet jeune et motivé. 4-Cas particuliers de privation de sommeil -Dans certaines situations (mise en alerte permanente, intervention sur un site de catastrophe, gardes médicales prolongées...), il est possible de dormir de temps à autre mais impossible d’avoir des temps de sommeil prolongés. Dans ce cas, les sujets dorment généralement peu et mal et ils présentent des troubles de la connaissance qui peuvent parfois avoir des conséquences dramatiques. Il est difficile d’élaborer, une attitude préventive pour ce type de situations d’urgence. Pour les navigateurs solitaires, il a été possible d’essayer en laboratoire, puis sur le terrain des schémas d’organisation ultradienne du rythme veille-sommeil, avec d’excellents résultats sur le plan de la résistance physique et intellectuelle. Il semble en effet que l’adulte jeune, sain et motivé puisse, pendant un temps assez prolongé, dormir et veiller selon un rythme très rapide, par cycles de 20 à 6Omn (avec 1/3 de temps de sommeil et 2/3 d’activité), les cycles plus longs étant moins bien supportés. 5-Pharmacologie du sommeil -Produits psycholeptiques (action calmante sur le système nerveux) -Barbituriques Ils diminuent l’excitabilité du système nerveux central à tous les niveaux. Leur effet hypnotique s’épuise rapidement en cas d’administration chronique, d’où, la tendance àaugmenter les doses. L’arrêt brutal d’un traitement au long cours entraîne un syndrome de sevrage. -Benzodiazépines Ce sont les hypnotiques les plus utilisés à l’heure actuelle. Le risque de dépendance est faible. Les benzodiazépines améliorent subjectivement le sommeil, augmentent la durée du sommeil, diminuent le délai d’endormissement et la durée des éveils intermédiaires. Elles ont uniquement un effet anti-éveil en modifiant la répartition des stades de sommeil diminution du sommeil paradoxal (à l’arrêt du traitement il y a augmentation du sommeil paradoxal avec augmentation ds rêves désagréables ou terrifiants), diminution importante du sommeil lent profond et augmentation importante du sommeil lent léger. La plupart des hypnotiques efficaces altèrent le fonctionnement de la veille somnolence diurne et diminution des performances. Certaines benzodiazépines à demi-vie courte semblent entraîner un rebond d’anxiété pendant la journée suivant la prise du produit. -Produits psychoanaleptiques (action stimulante sur le système nerveux) •Les stimulants de la vigilance -Les amphétamines; elles sont inscrites au tableau des substances interdites du Comité Olympique International ainsi qu’au tableau B; leur diffusion est interrompue en France. Elles ont les effets suivants: -stimulation intellectuelle et physique -retentissement sur le sommeil (allongement de la période d’endormissement, augmentation du nombre de mouvements pendant le sommeil) -accoutumance en cas d’administration chronique -phase de dépression suivant la phase d’excitation qui risque d’entraîner une élévation progressive de prises (risque de toxicomanie) -syndrome physique dû à la dénutrition par manque d’appétit -tachycardie, palpitations, tremblement, agitation. -Les anorexigènes sont très proches des amphétamines, mais leurs propriétés stimulantes sont moins marquées -Une nouvelle classe pharmacologique, les “eugrégorisants” a été inaugurée par le MODAFINIL qui représente le premier médicament spécifiquement actif dans le maintien de la vigilance diurne. Le mécanisme d’action de cette molécule est encore assez mal cerné. Il ne semble pas y avoir d’accoutumance à l’effet de ce médicament. Des essais ont été pratiqués en milieu militaire, dont les résultats n’ont pas encore été largement divulgués. On peut penser que ce médicament pourra être utilisé dans certaines situations, mais il ne saurait dispenser des règles d’hygiène de sommeil évoquées plus haut. Les psychostimulants -L’alcool: L’absorption d’une quantité modérée d’alcool se caractérise par de l’euphorie, suivie d’une dépression du système nerveux central. Une dose unique d’alcool induit des modifications du sommeil (diminution du sommeil paradoxal et du sommeil lent profond) -La caféine :Effet stimulant sur le système nerveux central. Une dose modérée provoque une diminution de la sensation de fatigue, une augmentation des fonctions psychomotrice, intellectuelle et du degré de vigilance. A fortes doses, la caféine diminue l’attention, provoque une fuite et une confusion des idées et des troubles sensoriels: vertiges, éclair lumineux, agitation motrice. Elle ne semble pas modifier la durée du sommeil rapide mais peut réduire de 2 heures la durée du sommeil total. Son principal effet est de retarder l’apparition du sommeil. Elle occasionne de fréquents changements de stade de sommeil, introduisant subjectivement un sommeil de mauvaise qualité. -Le tabac: chez l’homme, le tabac ne semble pas avoir de grand effet sur le sommeil. |
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